Conflit russo ukrainien : 4 ans après, Kiev garde espoir et plaide pour la paix en RDC et le respect de sa souveraineté

Chuchotements entre invités, regards concentrés sur chaque photo et la légende qui l’accompagne, conversations en petits groupes: telle est l’ambiance qui a régné mardi 24 février dans les installations de la délégation de l’Union européenne à Kinshasa, à l’occasion de la commémoration des quatre ans de l’assaut russe sur l’Ukraine, survenu le 24 février 2022. L’Union européenne, en collaboration avec l’ambassade d’Ukraine à Kinshasa, n’a pas voulu laisser passer inaperçu ce sombre anniversaire dans un État, la République démocratique du Congo, également victime d’une agression de la part de son voisin, le Rwanda.

Cette exposition photographique, répartie en 28 panneaux symbole des 27 États membres de l’Union européenne et de l’Ukraine retrace l’ampleur de la guerre : des milliers de chars et d’avions, des milliers de missiles et de bombes se sont abattus sur l’Ukraine, tandis que des centaines de milliers de soldats ont déferlé sur son territoire telle une véritable épidémie. Elle met également en lumière la résilience d’un peuple qui se bat pour rester maître de son destin et laisse entrevoir, au bout du tunnel, une lueur d’espoir.

"Nous soutenons l’Ukraine et tous les efforts de paix déployés en faveur du pays afin de parvenir à une paix durable. Nous travaillons conjointement avec d’autres acteurs internationaux pour trouver des solutions. Quatre ans après ce conflit tragique, nous sommes réunis aujourd’hui pour une commémoration marquée par une exposition qui offre un aperçu de la situation sur le terrain. Nous espérons pouvoir compter sur votre présence et votre solidarité en ce moment de recueillement. Il est d’autant plus important de tenir cette commémoration dans un pays comme la République démocratique du Congo, qui fait également face à un conflit et à une agression. Cette démarche s’inscrit dans un esprit de solidarité collective, dans notre combat commun pour la paix et le respect des normes internationales", a déclaré la chargée de mission ad intérim de l'Union Européenne en RDC.

Prenant la parole, le Dr Vasyl Hamianin, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de l’Ukraine en République démocratique du Congo, a salué le peuple congolais, qui fait lui aussi face quotidiennement à l’agression, pour sa solidarité et sa compassion. Selon lui, cette date correspond à l’anniversaire d’un moment sombre dans le calendrier des Ukrainiens. Il a rappelé qu’il y a quatre ans, le régime "criminel" de Moscou avait lancé une agression à grande échelle contre son pays.

"L’Ukraine a tenu bon. Elle a transformé la réalité dans laquelle la Russie semblait invincible. Elle a inventé un nouveau concept de guerre défensive et de libération, renouvelant tactiques et stratégies militaires. Elle a déclenché une révolution technologique dans l’armée moderne. Aujourd’hui, l’Ukraine est l’un des piliers d’une nouvelle architecture de sécurité européenne et mondiale. Cette guerre a révélé l’urgence d’une réforme profonde des institutions internationales de sécurité et humanitaires en particulier des Nations Unies qui peinent à contenir l’agresseur", a fustigé le Dr Vasyl Hamianin, Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de l’Ukraine en RDC.



Pour ce diplomate, tout comme son pays tient bon, il en sera de même pour la République démocratique du Congo. Il estime que le monde a besoin d’une Ukraine et d’une RDC souveraines, afin que ce qui se produit aujourd’hui ne se reproduise ni en Europe ni en Afrique.

"Et malgré la douleur, les pertes et la destruction que la Russie inflige au monde, l’Ukraine a tenu, tient bon et tiendra. Nous avons besoin et le monde a besoin, la RDC a besoin d'une paix juste, du rétablissement de la souveraineté sur tous les territoires temporairement occupés, sans exception. Du châtiment des criminels de guerre. Et de garanties fermes, afin qu’une telle tragédie ne se répète ni en Europe, ni en Afrique, ni sur aucun autre continent", a martelé Vasyl Hamianin, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de l’Ukraine en RDC.

S’exprimant au nom des États membres de l’Union européenne, Joakim Vaverka, ambassadeur de Suède en République démocratique du Congo, a salué le courage et la résilience remarquables du peuple ukrainien. Selon lui, ce combat n’est pas seulement celui de l’Ukraine, mais aussi celui de l’Europe. Il a précisé que défendre l’ordre international en Ukraine revient également à défendre ces mêmes principes en République démocratique du Congo.

"L’Union européenne et ses États membres ont mobilisé des moyens d’une ampleur historique pour aider l’Ukraine à tenir et à préparer une paix juste et durable, fondée sur la Charte des Nations unies. Cet élan collectif repose sur une détermination commune, dont les contributions constantes renforcent la cohésion politique de l’Union et consolident, à long terme, les capacités de l’Ukraine qu’elles soient politiques, économiques ou institutionnelles. Ici, en République démocratique du Congo, nous savons combien les principes de souveraineté et d’intégrité territoriale sont universels. La RDC subit elle aussi des violations de son territoire, notamment du fait des actions du M23 soutenu par le Rwanda. Défendre l’ordre international en Ukraine, c’est aussi défendre ces mêmes principes en RDC", a souligné Joakim Vaverka, ambassadeur de Suède en République démocratique du Congo.

De son côté, le deuxième vice-président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo, a condamné l’agression russe contre l’Ukraine, tout en établissant un parallèle avec la situation de la République démocratique du Congo. Pour l’ancien président du Sénat, il est essentiel de privilégier le dialogue afin d’éviter les conséquences néfastes des conflits armés et, surtout, de mettre en place des mécanismes d’alerte précoce pour prévenir tout type de conflit.

"La guerre se concrétise et nous devons être conscients de ses conséquences, non seulement pour l’Ukraine mais aussi pour la RDC. Nous suivons cela à travers les médias, et nous constatons que la destruction est telle qu’on ne pourra malheureusement pas ressusciter ceux qui sont morts. La guerre n’est jamais une bonne chose : même la Russie perd des êtres humains et voit ses infrastructures détruites. Dans une guerre, il n’y a pas de gagnant. C’est pourquoi il faut toujours privilégier le dialogue pour résoudre les crises, mais aussi mettre en place des mécanismes de prévention et d’alerte. Les événements commencent souvent par un fait banal, et si on le néglige, il peut prendre de l’ampleur et provoquer des crises et des morts", a indiqué Modeste Bahati Lukwebo, deuxième vice-président du Sénat.

Cette commémoration du quatrième anniversaire de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, organisée à Kinshasa, intervient dans un contexte où la République démocratique du Congo fait également face à l’agression rwandaise à travers la rébellion de l’AFC/M23. Les efforts diplomatiques en cours peinent à produire les résultats escomptés sur le terrain, tandis que la situation ne cesse de se détériorer, exposant davantage les populations civiles.