EAC : nouveau sommet des chefs d’État sur fond de tensions sécuritaires persistantes dans l’Est de la RDC et de méfiance entre Kinshasa et ce bloc régional

Les chefs d’État de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) s’apprêtent à se réunir ce samedi 7 mars 2026 à Arusha, en Tanzanie, à l’occasion du 25ᵉ Sommet ordinaire des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté d’Afrique de l’Est. Selon un communiqué de la CAE (EAC) consulté ce lundi 2 mars par ACTUALITE.CD, ce sommet organisé sous le thème : « Approfondir l’intégration pour améliorer les conditions de vie des citoyens de la CAE », réaffirme l’engagement des États partenaires à faire progresser l’intégration régionale et le développement durable au sein de la Communauté.

Le Sommet, organe décisionnel suprême de la CAE réunira les chefs d’État des huit pays partenaires afin de délibérer sur des questions clés appelées à façonner l’avenir du bloc régional. Il s’agira notamment d’évaluer les progrès réalisés dans la mise en œuvre des programmes régionaux, d’examiner les rapports institutionnels, ainsi que les initiatives stratégiques visant à approfondir l’intégration régionale et à améliorer les conditions de vie des citoyens Est-Africains.

Au cours de cette rencontre, les chefs d’État devraient également procéder au lancement de la caution douanière de la CAE, une garantie douanière régionale unique destinée à remplacer l’obligation actuelle de fournir plusieurs cautions nationales le long des corridors de transit. Grâce à ce nouveau mécanisme, les opérateurs économiques et les transitaires disposeront d’une seule caution reconnue dans l’ensemble des États partenaires de la CAE, au lieu de devoir obtenir des garanties distinctes dans chaque pays de transit.

Par ailleurs, le Sommet marquera également le lancement officiel de la 7e Stratégie de développement de la CAE (2026/27-2030/31), qui définit l’orientation stratégique pour accélérer l’intégration régionale et la transformation socio-économique au cours des cinq prochaines années. Cette stratégie s’appuie sur les acquis et les enseignements du cycle de développement précédent et est conforme à la Vision 2050 de la CAE, à l’Agenda 2063 de l’Union africaine et aux Objectifs de développement durable.

L’ordre du jour comprend également l’examen du rapport du Conseil au Sommet pour la période du 30 novembre 2024 au 31 décembre 2025 ; les modalités de mise en œuvre de la directive du 24e Sommet des chefs d’État de la CAE sur le financement durable du budget de la CAE, fondé sur une formule de contribution égale de 65 % et de contribution forfaitaire de 35 % ; et l’état d’intégration des États partenaires admis dans la Communauté entre 2016 et 2024.

« Les chefs d'État doivent également nommer un nouveau secrétaire général de la CAE ; nommer des juges à la Cour de justice de l'Afrique de l'Est ; renouveler les mandats des secrétaires généraux adjoints ; nommer des commissaires à l'Autorité de la concurrence de la CAE ; et donner leur assentiment aux projets de loi adoptés par l'Assemblée législative de l'Afrique de l'Est. Les résultats du Sommet devraient renforcer l'harmonisation des politiques entre les États partenaires et accélérer la mise en œuvre des principaux programmes régionaux visant à favoriser une croissance inclusive et une intégration économique plus poussée. Le Sommet est précédé d'une réunion extraordinaire du Conseil des ministres de la CAE qui se tient du 2 au 5 mars 2026 au siège de la CAE à Arusha », précise le communiqué de l'EAC

Tensions persistantes toujours dans l'Est de la RDC

Ce nouveau Sommet des chefs d’État de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) intervient dans un contexte marqué par la détérioration continue de la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo, l’un des pays membres de l’EAC. Cette dégradation est alimentée par de violents combats opposant les forces gouvernementales congolaises à la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda. Parallèlement, les tensions diplomatiques entre Kinshasa et Kigali demeurent vives et continuent de s’exacerber sur fond d’accusations mutuelles, malgré les initiatives diplomatiques en cours, notamment les processus de Washington et de Doha.

Distance qui ne pas dit son nom entre Kinshasa et l'EAC

Autre élément marquant coïncidant avec ce sommet : le malaise persistant entre Kinshasa et le bloc régional, souvent perçu comme une prise de distance de la RDC vis-à-vis de l'EAC, que les autorités congolaises soupçonnent régulièrement de ne pas adopter une position suffisamment équilibrée ni de s’impliquer pleinement dans la résolution de la crise sécuritaire à l’Est du pays. Cette perception avait été renforcée lors du 24ᵉ Sommet ordinaire des chefs d’État de l'EAC, tenu le 30 novembre 2024 à Arushaa qui avait porté le président kényan William Samoei Ruto à la présidence tournante de l’organisation, succédant à Salva Kiir Mayardit, président du Soudan du Sud.

Ce sommet s’était tenu sans la participation du président congolais Félix Tshisekedi, qui avait choisi de poursuivre une tournée à l’intérieur du pays, précisément à Isiro, chef-lieu de la province du Haut-Uélé. Salva Kiir Mayardit et William Ruto se sont ainsi succédé à la tête de l'EAC dans une période marquée par des initiatives diplomatiques jugées timides en vue de stabiliser l’Est de la RDC. Lors d’un sommet extraordinaire tenu en juin 2024, les dirigeants régionaux avaient supervisé des discussions axées sur la crise sécuritaire, mettant en exergue les divergences et les tensions entre la RDC et certains États membres de la Communauté. Toutefois, ces efforts avaient produit des résultats mitigés, notamment après l’échec du mandat de la Force régionale de la CAE (EACRF).

Déployée en novembre 2022 pour contribuer à la stabilisation de l’Est de la RDC, la Force régionale de l’EAC a vu son mandat prendre fin en décembre 2023, sans renouvellement. Kinshasa avait alors exprimé sa profonde frustration face à l’inefficacité de cette mission, jugée incapable de neutraliser les groupes armés poussant la RDC a exploré d’autres options, notamment un engagement renforcé avec la force de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) qui avait quitté Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu après son occupation par la rébellion de l'AFC/M23 appuyée par l'armée Rwandaise selon plusieurs rapports des Nations-Unies

Malgré ces défis et les divergences persistantes, la Communauté d’Afrique de l’Est demeure un acteur régional clé en matière de stabilité et d’intégration en Afrique de l’Est. À ce titre, les attentes restent élevées quant au rôle que devra jouer la présidence kényane pour restaurer la confiance et contribuer de manière plus efficace à la résolution de la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC.