Élections à la Fécofa : un tournant décisif pour relancer le football congolais ?
Après près de trois années de transition sous la houlette d’un Comité de normalisation (Conor), la Fédération congolaise de football association (Fécofa) s’apprête à tourner une page déterminante de son histoire. La Commission électorale a rendu public, le 23 février 2026, un nouveau calendrier électoral fixant les scrutins au sein des ligues nationales et à la tête de la fédération. À Kinshasa, les supporters espèrent que ce processus marquera enfin le début d’une véritable refondation.
D’après ce calendrier, les élections dans les différentes entités sont fixées de la manière suivante :
* Le 9 mars 2026 : élection à la Ligue nationale de football des jeunes (LINAFJ) ;
* Le 10 mars 2026 : élection à la Ligue nationale de football féminin (LINAFF) ;
* Le 11 mars 2026 : élection à la Ligue nationale de football (LINAFOOT) ;
* 11 avril 2026 : élection à la Fédération congolaise de football Association (FECOFA).
L’espoir d’un nouveau départ
Cette séquence électorale est perçue comme une étape clé vers la fin de la transition et le retour à une gouvernance élue.
Dans la capitale, où le football reste une passion populaire et un marqueur identitaire fort, l’annonce du calendrier suscite autant d’espoir que d’exigence.
« Les élections à la Fécofa sont un grand signal pour le football congolais qui souffre depuis plusieurs années du manque d’une véritable politique footballistique contraignante. Le comité de normalisation ne jouissait pas de tous les pouvoirs. Après le départ de Constant Omari, les attentes sont énormes : organiser les équipes d’âge et leur donner les moyens nécessaires, redorer l’image du championnat d’élite », estime Japhet Mukoko, habitant de Kinshasa.
Pour Raphaël, supportrice d’un club de la capitale, l’enjeu dépasse la simple question des dirigeants. « Nous voulons un championnat crédible, avec des matches bien organisés, des stades sécurisés et des calendriers respectés. Les supporters se fatiguent quand tout est improvisé. Si les élections peuvent apporter de la stabilité, ce sera déjà un grand pas ».
Même son de cloche chez Junior, qui estime que le football congolais a du talent, mais manque d’organisation : « on voit nos jeunes briller à l’étranger, mais ici, les centres de formation sont rares et mal équipés. Le futur président doit investir dans la base, sinon on continuera à dépendre du hasard ».
Ces témoignages traduisent une attente forte, notamment celle d’une gouvernance capable de restaurer la crédibilité de l’institution, de structurer les compétitions et surtout de bâtir un projet à long terme.
Des défis structurels et financiers majeurs
Au-delà de l’enthousiasme suscité par l’annonce des scrutins, les défis à relever demeurent considérables. Le football congolais fait face à des problèmes structurels persistants : organisation interne fragile, conflits récurrents entre entités, absence de vision stratégique cohérente.
À cela s’ajoute une équation financière complexe. Le modèle économique du championnat national reste précaire, dépendant en grande partie des subventions publiques, avec une faible mobilisation de sponsors et des recettes limitées.
Pour Trésor Mutombo, journaliste sportif, la fin de la transition ne sera qu’un point de départ :
« C’est une bonne nouvelle de savoir que l’on aura enfin une fédération, car la période transitoire avec le Conor n’était pas simple pour le football congolais. Aujourd’hui, le football congolais fait face à d’innombrables défis, d’ordre structurel et financier. Le manque criant d’organisation interne et un modèle économique fragile maintiennent notre football dans un amateurisme persistant ».
Pour lui, les premiers grands défis sont donc existentiels : « il faut une politique footballistique claire, précise et axée sur le développement, de la base à l’élite, notamment à travers la construction d’infrastructures et d’académies. La seconde étape consistera à travailler sérieusement sur la dimension marketing pour attirer des sponsors, en complément de l’appui de l’État, afin de financer les projets et les championnats. Le chantier sera immense pour le président qui sera élu le 11 avril prochain ».
Un processus électoral relancé après plusieurs blocages
Il s’agit du deuxième rendez-vous électoral fixé par la Commission après l’échec du premier processus, avorté en novembre 2023 à la suite de plaintes et contestations émanant de certaines ligues. Face aux tensions et aux incertitudes, la Confédération africaine de football (CAF) avait décidé de suspendre la procédure afin de clarifier la situation.
Pour rappel, la Fédération internationale de football association (FIFA) avait installé un Comité de normalisation à la tête de la Fécofa le 24 avril 2023, initialement pour une durée de sept mois. Ce mandat a été prolongé à plusieurs reprises. La mission du Conor, actuellement dirigé par Belinda Lutandila, consiste à gérer les affaires courantes et à conduire le processus électoral jusqu’à l’élection d’un nouveau comité exécutif.
À un peu plus d’un mois de l’élection du comité exécutif, le football congolais se trouve ainsi à la croisée des chemins. Entre attentes populaires, exigences institutionnelles et impératifs économiques, le scrutin du 11 avril 2026 pourrait bien constituer un tournant décisif pour l’avenir du ballon rond en République démocratique du Congo.