Nord-Kivu : l’AFC/M23 dénonce une « offensive généralisée » de Kinshasa au lendemain de la mort de Willy Ngoma
« Nous constatons que le régime de Kinshasa a, une fois de plus, foulé aux pieds le cessez-le-feu en déclenchant une offensive généralisée sur l’ensemble des lignes de front et au-delà. Il s’agit d’une opération coordonnée et étendue qui traduit un choix assumé de l’option militaire », a déclaré mercredi 25 février Bertrand Bisimwa, président du M23 et coordonnateur adjoint de l’AFC/M23.
«Nous ne pouvons, non plus, nous empêcher de constater avec une profonde préoccupation l’absence, à ce stade, d’initiative claire et visible visant à obtenir l’arrêt immédiat de cette offensive gouvernementale. Aucune réprimande publique, aucune condamnation », a-t-il ajouté. Selon lui, « aucune démarche perceptible ne semble avoir été entreprise pour prévenir le risque d’escalade. Ce silence contraste avec la rapidité des réactions observées lorsque notre mouvement est amené à exercer son droit légitime à la défense face à des attaques directes ».
Dans un communiqué distinct, Lawrence Kanyuka, porte-parole de l’AFC/M23, a fait état d’attaques enregistrées le mercredi 25 février : à 9 heures à Rutigita (Minembwe), à 10 h 30 à Kitazungura (territoire de Kalehe) et à 12 heures à Rugezi et ses environs (Minembwe). Il accuse les « forces coalisées » d’avoir eu recours à des drones armés et à de l’artillerie lourde, évoquant des pertes humaines et des déplacements de populations.
Ces déclarations interviennent au lendemain de la mort du porte-parole militaire de l’AFC/M23, Willy Ngoma.
La mort de Willy Ngoma dans un contexte d’intensification des combats
Le porte-parole militaire de l’AFC/M23, Willy Ngoma, a été tué mardi 24 février lors d’une frappe de drone attribuée aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), selon des sources concordantes, dont des sources au sein du mouvement rebelle confirmant le décès. L’attaque a eu lieu près de Rubaya, mine stratégique du territoire de Masisi, dans la province du Nord-Kivu.
Ce décès intervient après celui de Magloire Paluku, alors que les hostilités s’intensifient dans l’est de la République démocratique du Congo. Cette montée des tensions s’inscrit dans un contexte de contestation du cessez-le-feu proposé par l’Angola, de frappes aériennes menées par l’armée congolaise et d’offensives terrestres conduites par les wazalendo contre les positions de l’AFC/M23, mouvement soutenu par le Rwanda selon les Nations unies.
Avant l’annonce de cette mort, Bertrand Bisimwa avait accusé Kinshasa de ne plus respecter le cessez-le-feu depuis la signature d’un accord de partenariat stratégique avec les États-Unis. En 2023, Willy Ngoma avait été sanctionné par les États-Unis pour le rôle de l’AFC/M23 dans de graves violations des droits humains, dont des meurtres et des violences sexuelles contre des civils.
Reprise des combats à Kibanda et sur plusieurs axes de Masisi
Sur le terrain, les affrontements ont repris avec intensité mercredi 25 février dans le village de Kibanda, à environ deux kilomètres de Kasopo, dans le groupement Nyamaboko 1 (secteur d’Osso Banyungu), territoire de Masisi.Selon des sources d’Actualite.cd, des militaires congolais et des wazalendo en provenance de Buhimba, dans le territoire voisin de Walikale, ont lancé une offensive contre les positions de l’AFC/M23, qui occupe la localité depuis plusieurs mois. Des tirs d’armes lourdes et légères ont été signalés dans et autour de Kibanda. Les détonations ont également été entendues dans plusieurs villages environnants, notamment à Kashebere, dans le territoire de Walikale.
Des habitants contactés évoquent une situation volatile et redoutent une intensification des combats. Depuis le début de la semaine, des affrontements sont signalés dans les secteurs d’Osso Banyungu et de Katoy, ainsi que dans la chefferie de Bahunde. Cette multiplication des foyers de tension traduit une dynamique offensive sur plusieurs axes dans un territoire stratégique, en raison de sa proximité avec des zones minières et des axes de ravitaillement.
Les mouvements de population s’intensifient, aggravant une situation humanitaire déjà fragile.
Combats à Lumbishi et Kashovu, nouveaux déplacements
De nouveaux combats ont également éclaté mercredi entre les rebelles de l’AFC/M23 et les miliciens wazalendo dans les villages de Lumbishi et Kashovu, situés dans le secteur de Katoy, au sud du territoire de Masisi.
Selon les informations d’Actualite.cd, les combats ont été lancés à l’initiative des wazalendo, qui ont mené une contre-offensive dès les premières heures de la journée pour tenter de reconquérir ces localités. Des détonations d’armes lourdes et légères ont été entendues dans la zone, suscitant l’inquiétude des habitants.
Depuis mardi, des familles ont commencé à fuir les zones touchées. Plusieurs ménages ont trouvé refuge en brousse, d’autres se sont dirigés vers Ngungu. Le territoire de Masisi demeure l’un des principaux foyers d’instabilité dans l’est du pays, marqué par des affrontements récurrents entre groupes armés locaux et la rébellion de l’AFC/M23.
Rubaya privée de télécommunications
Depuis mardi 24 février, la cité minière de Rubaya, dans la chefferie de Bahunde (territoire de Masisi), est privée de réseaux de télécommunications. Plusieurs opérateurs téléphoniques sont hors service, privant la population d’accès aux appels, aux messages, à Internet et aux services de mobile money.
Selon plusieurs sources locales, cette coupure affecte directement les activités économiques et les services de transfert d’argent, principal moyen d’échange financier dans la zone. Certains habitants se rendent à Bihambwe, à une dizaine de kilomètres, pour tenter de capter un signal. D’autres cherchent une connexion en escaladant des collines environnantes.
Des habitants dénoncent une interruption soudaine et prolongée, sans communication préalable. Cette coupure intervient après des attaques par drone menées cette semaine par l’armée, qui ont notamment coûté la vie à Willy Ngoma.
Pour rappel, après près d’un mois d’interruption, les réseaux Airtel et Orange avaient été rétablis dans la nuit du 16 au 17 février dans plusieurs agglomérations des territoires de Rutshuru, Lubero, Walikale et Masisi. Durant cette période, les populations locales avaient déjà été confrontées à d’importantes difficultés de communication.