Processus de Doha : Kinshasa maintient le contact avec le Qatar malgré la paralysie des discussions et la crise au Moyen-Orient

Où en est le processus de Doha ? Qu’est-ce qui bloque l’avancement des discussions entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23 ? Ces questions continuent de susciter de vives inquiétudes dans l’environnement sociopolitique, dans un contexte marqué par la poursuite des hostilités sur plusieurs fronts des provinces du Nord et du Sud-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo, ainsi que par les accusations mutuelles entre Kinshasa et l’AFC/M23 concernant des violations "répétées" du cessez-le-feu.

Ces préoccupations ont trouvé des éléments de réponse lors de la rencontre, ce mercredi 25 mars, entre les diplomates et ambassadeurs accrédités en RDC et la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Francophonie, de la Coopération internationale et des Congolais de l’étranger, Thérèse Kayikwamba Wagner. Selon la cheffe de la diplomatie congolaise, la paralysie des discussions est due à des facteurs externes au processus, liés à la détérioration de la situation sécuritaire au Moyen-Orient.

"Nous avons évidemment, en parallèle, le processus de Doha. Comme vous le savez tous, la situation dans la sous-région qui abrite ces pourparlers s’est détériorée de manière assez quand-même dramatique et, pour certains de manière assez inattendue, raison pour laquelle ce processus est un peu paralysé, pas nécessairement pour des raisons internes ou propres au processus lui-même, mais pour des raisons qui vont bien au-delà du processus pour, des raisons géopolitiques et d’actualité", a fait savoir la Ministre d'État et cheffe de la diplomatie congolaise Thérèse Kayikwamba.

Au nom du gouvernement de la République démocratique du Congo, Thérèse Kayikwamba a réaffirmé l'attachement du pays au processus de Doha. Elle a précisé que c'est à travers ce processus que Kinshasa est censé obtenir des avancées dans ses discussions avec la rébellion de l’AFC/M23, et que des contacts permanents sont maintenus avec l'État du Qatar, médiateur dans ce processus.

"Nous restons attachés au processus de Doha. Nous savons que c’est à travers ce processus que nous espérons faire des avancées aussi avec le M23 et, encore une fois, avoir des engagements clairs ainsi qu’une capacité de vérifier le respect ou le non-respect de ces engagements. Nous sommes en échange étroit avec nos partenaires qataris pour voir comment le momentum, l'élan de ce processus peut être maintenu et, peut-être, revoir certaines configurations qui pourraient le rendre possible", a indiqué Thérèse Kayikwamba Wagner, cheffe de la diplomatie congolaise.

Ces précisions de la cheffe de la diplomatie congolaise interviennent plus d'un mois après que le gouvernement de la RDC et l’Alliance Fleuve Congo / Mouvement du 23 Mars (AFC/M23) ont signé, le 2 février 2026 à Doha, le mandat issu de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs. Cette signature est intervenue à l’issue d’une réunion du mécanisme de suivi et de vérification du cessez-le-feu entre les deux parties, organisée par le Qatar dans le cadre de ses efforts de médiation pour résoudre le conflit dans l’est de la RDC.

Selon les participants, les deux parties ont réaffirmé leur engagement en faveur du cessez-le-feu ainsi que de l’accord-cadre de Doha pour la paix, signé le 15 novembre 2025, et leur détermination à en appliquer de bonne foi l’ensemble des dispositions afin de soutenir le processus de paix. Les échanges ont porté sur l’évolution de la situation et les perspectives liées aux défis actuels. Les membres ont souligné la nécessité de mettre en œuvre des mesures concrètes pour renforcer le suivi, la vérification et l’échange d’informations au soutien du processus de paix.

Ils ont également examiné les plans de la MONUSCO et de la CIRGL pour la mise en œuvre du mécanisme et ont réaffirmé leur engagement à soutenir et faciliter leurs travaux afin d’en assurer le succès. La MONUSCO a été chargée de dépêcher, dans les prochains jours, une première mission dans la ville d’Uvira pour surveiller le cessez-le-feu, tandis que les canaux de communication nécessaires ont été établis pour faciliter son action conformément au mécanisme.

En date du 15 novembre 2025, la République démocratique du Congo et la rébellion de l'AFC/M23 avaient franchi une étape majeure dans leurs efforts de restauration de la paix à l’Est du pays par la signature officielle de l’Accord-cadre de Doha, conclu avec l’Alliance Fleuve Congo / Mouvement du 23 Mars (AFC/M23). Cet accord a marqué un tournant stratégique dans la quête d’une paix durable, juste et inclusive. Présenté comme une avancée " décisive ", cet Accord-cadre constitue désormais la colonne vertébrale d’un processus global de sortie de crise, visant à mettre fin aux hostilités, à restaurer l’autorité de l’État et à renforcer la stabilité dans les zones affectées par des années de conflit armé.

Selon la médiation, l’Accord-cadre entre Kinshasa et l’AFC/M23 repose sur huit protocoles thématiques, considérés comme un condensé des problématiques centrales de la crise :

  • • Mécanisme de libération des prisonniers, signé le 14 septembre 2025 ;
  • • Mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu, signé le 14 octobre 2025 ;
  • • Accès humanitaire et protection judiciaire ;
  • • Restauration de l’autorité de l’État, réformes institutionnelles et gouvernance participative ;
  • • Arrangements sécuritaires intérimaires et DDR (Désarmement, Démobilisation et Réinsertion) ;
  • • Identité, citoyenneté, retour et réinstallation des réfugiés et déplacés ;
  • • Relance économique et réhabilitation des services sociaux de base ;
  • • Justice, vérité et réconciliation.


  • Alors que deux protocoles ont déjà été signés, les six autres devaient par la suite faire l'objet de discussions afin d’en définir les modalités précises d’exécution, les échéances et les engagements réciproques des parties signataires. Cependant, depuis lors, le statu quo persiste, sans avancées réelles sur le terrain, aggravant la méfiance entre Kinshasa et l'AFC/M23 et rendant la vie des populations congolaises de l’Est de la RDC encore plus difficile.