RDC-Banque Mondiale : cap sur le taux de 30 % de décaissement en 2026, un objectif ambitieux sous haute pression

Le Gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) et le Groupe de la Banque mondiale ont réaffirmé mardi 17 février, leur engagement commun à améliorer la performance du portefeuille des projets financés dans le pays. Au cours d’une séance de revue stratégique 2025, les deux parties se sont conjointement fixé un objectif jugé ambitieux d’atteindre un taux de décaissement d’au moins 30 % au cours de l’exercice fiscal 2026.

Il s’agit du prolongement de la session technique conjointe tenue le 12 novembre 2025, qui avait dressé un diagnostic détaillé des forces et faiblesses du portefeuille congolais, tout en posant les bases d’un plan d’action consolidé.

En l’espace de quatre ans, le volume du portefeuille de la Banque mondiale en RDC est passé d’environ 3 milliards USD en 2020 à plus de 7,5 voire 8 milliards USD en 2024. Une progression significative, reflet d’un partenariat renforcé et d’une volonté d’accroître l’impact des financements.
Cependant, cette expansion s’accompagne de contre-performances récurrentes. Sur les cinq dernières années, la RDC n’a jamais atteint un taux de décaissement de 25 %. En 2024, le taux s’est établi autour de 22 %, en deçà du seuil minimal attendu.

« Atteindre un taux de décaissement de 30 % cette année peut paraître ambitieux, mais cet objectif reste à notre portée », a affirmé le Directeur des opérations de la Banque mondiale en RDC, Albert Zeufack, soulignant que plusieurs pays africains, dont l’Éthiopie, parviennent régulièrement à dépasser ce seuil en dépit de contextes tout aussi complexes.

Pour les deux parties, l’enjeu est clair : transformer les engagements financiers en résultats concrets pour les populations.
Des défis structurels persistants
La revue technique de novembre 2025 a mis en lumière plusieurs goulots d’étranglement : la complexité croissante des projets, désormais plus larges et multisectoriels ; des délais prolongés dans la passation des marchés et le traitement des avis de non-objection ; l’insuffisance de personnel qualifié au sein des Unités de gestion des projets (UGP) ; des contraintes sécuritaires persistantes, notamment dans l’Est du pays ; la contre-performance de certaines agences d’exécution, y compris des agences des Nations Unies ; des interférences politiques considérées comme un frein majeur à l’efficacité opérationnelle.

« Le développement relève d’abord de la responsabilité de l’État, plus que de la seule disponibilité des ressources. Les Congolais attendent de leur gouvernement que les projets soient élaborés et exécutés dans le respect des règles, et surtout qu’ils produisent des effets concrets dans leur quotidien, quelle que soit l’origine des financements. C’est précisément l’objet de notre rencontre : convenir ensemble de mesures susceptibles de renforcer le plan d’action 2026 et d’améliorer la performance du portefeuille soutenu par la Banque mondiale », a souligné Albert Zeufack.

Un plan d’action structuré en neuf axes
Les parties ont procédé à la signature d’un plan d’action conjoint consolidé, décliné autour de neuf axes stratégiques :
1. Amélioration de la qualité des projets dès la phase de préparation ;
2. Résolution des contraintes liées à la mise en œuvre ;
3. Renforcement des capacités et des ressources des UGP ;
4. Gestion des risques, y compris fiduciaires et fiscaux ;
5. Maîtrise des dépenses récurrentes et mobilisation des fonds de contrepartie ;
6. Accélération des décaissements par un pilotage mensuel renforcé ;
7. Optimisation de la passation des marchés et réduction des délais ;
8. Suivi-évaluation, digitalisation, communication et visibilité ;
9. Prise en compte des enjeux de fragilité, de sécurité et de sauvegarde.

Un tableau de bord bimensuel devra désormais mesurer l’état d’avancement des projets, avec pour cible au moins 70 % des projets « on track » et 100 % des projets en difficulté assortis d’un plan de redressement validé sous 30 jours.
Engagement politique et diplomatie économique
Au nom du ministère des Finances, la Vice-ministre Gracia Yamba Kazadi a réaffirmé la détermination du Gouvernement à assurer un suivi strict des recommandations issues de la revue stratégique. Elle a plaidé pour l’instauration d’une véritable culture axée sur les résultats et la redevabilité partagée entre toutes les parties prenantes. « Notre priorité demeure l’accélération des projets à fort impact socio-économique », a-t-elle souligné. Pour elle, la performance du portefeuille constitue un instrument majeur de la diplomatie économique de la RDC.

Pour concrétiser l’objectif fixé d’atteindre les 30% de décaissement en 2026, la Vice-ministre des Finances estime que plusieurs mesures prioritaires doivent être soumises à validation, notamment : le renforcement des équipes à travers la formation et l’intégration de jeunes diplômés, l’amélioration de la qualité des projets dès leur conception, le lancement anticipé des appels d’offres, l’implication accrue du Gouvernement dans les accords de cofinancement, la clarification des responsabilités par des ateliers dédiés, l’intégration systématique de l’analyse des risques sécuritaires et la contractualisation davantage orientée vers les résultats avec les agences onusiennes. Ces orientations doivent, selon elle, déboucher sur un plan d’action assorti d’échéances précises et de responsabilités clairement définies.
Le pari de la digitalisation et de l’intelligence artificielle
Au cours de la session stratégique, la ministre de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu, a estimé que les recommandations formulées concernaient surtout les projets futurs, sans préciser suffisamment les mesures immédiates destinées à accélérer les décaissements des projets en cours. « Je ne vois pas clairement, pour les projets en cours, ce que vous avez décidé pour nous permettre d’atteindre cet objectif de 30 % », a-t-elle relevé, rappelant l’urgence d’atteindre le taux fixé pour 2026.

Tout en saluant les initiatives de formation, de mentorat et d’intégration des jeunes dans les Unités de gestion des projets (UGP), elle a jugé insuffisantes les sessions ponctuelles. « Ce ne sont pas seulement des sessions de formation ponctuelles qui font la différence », a-t-elle insisté. Elle a proposé la mise en place d’une plateforme numérique obligatoire de formation continue, avec des mécanismes d’évaluation pouvant conditionner le renouvellement des contrats.
Plus largement, la ministre a appelé à une modernisation profonde des pratiques administratives. Déplorant que « nous ne vivions pas encore pleinement au XXIe siècle dans la mise en œuvre de nos projets », elle a plaidé pour une intégration accrue des outils numériques et de l’intelligence artificielle afin d’améliorer la productivité, l’analyse des données et le suivi des performances, estimant que l’atteinte des 30 % dépend aussi de cette transformation.