RDC : la dette des entreprises publiques atteint 7,3 % du PIB, la SNEL représente environ 75 % de cette dette totale (Banque mondiale)

« Du parking à la voie rapide : Réformer les entreprises publiques » est l’intitulé du dernier rapport de la Banque mondiale, dévoilé mardi 24 mars 2026 à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo. Selon cette institution de Bretton Woods, le rapport montre que bien que les entreprises publiques contrôlent des secteurs clés de l’économie de la RDC notamment l’électricité, l’eau, les transports et les mines, leurs faiblesses financières et leurs lacunes en matière de gouvernance ont limité la prestation de services et accru les risques budgétaires.

Le rapport indique qu’entre 2014 et 2023, les entreprises publiques ont accumulé des pertes totalisant environ 5,3 milliards de dollars américains, soit plus de 530 millions de dollars par an, un montant presque équivalent au budget annuel du secteur de la santé du pays. La dette des entreprises publiques a également augmenté de manière constante, passant de 5,7 % du PIB en 2019 à 7,3 % en 2023, et représente désormais environ 42 % de la dette publique extérieure. Ces engagements sont fortement concentrés dans un petit nombre de grandes entreprises, notamment dans les secteurs de l’énergie et des mines.

"Les difficultés financières se concentrent sur quelques grandes entreprises publiques opérant dans des secteurs clés, notamment la SNEL (électricité), la REGIDESO (eau), la SNCC (chemins de fer), l’ONATRA (chemins de fer et ports) et la Gécamines (exploitation minière). La dette des entreprises publiques est passée de 5,7 % du PIB en 2019 à 7,3 % en 2023, représentant 42 % de la dette publique extérieure. La SNEL représente environ 75 % de la dette totale des entreprises publiques, suivie par la Gécamines avec 16 %", renseigne la Banque mondiale dans son rapport.

Au-delà de la dette financière explicite, le rapport précise que de nombreuses entreprises publiques ont d’importantes obligations sociales et fiscales, notamment des arriérés de salaires dépassant 100 mois dans certains cas, ce qui augmente encore les passifs éventuels implicites du pays. Selon toujours le rapport, les contraintes de liquidité sont aiguës dans l’ensemble du portefeuille des entreprises publiques.

"Les délais de recouvrement des créances, supérieurs à 1 400 jours, témoignent de difficultés chroniques en matière de facturation et de recouvrement, y compris auprès des clients du secteur public. Les délais de paiement des créanciers, qui peuvent dans certains cas dépasser trois ans, reflètent une forte dépendance à l’égard des arriérés pour soutenir les opérations. Les arriérés fiscaux des entreprises publiques ont été estimés à environ 1,6 % du PIB en 2023, ce qui complique encore davantage la gestion des finances publiques", souligne le rapport de la Banque mondiale.

Dans un autre registre, le rapport indique que les mauvais résultats financiers des entreprises publiques trouvent leur origine dans de profondes défaillances de gouvernance. L'institution financière internationale précise que la fonction d'actionnariat de l'État ainsi que les responsabilités de contrôle relèvent institutionnellement du ministère du Portefeuille ; toutefois, en pratique, d'autres institutions, notamment les ministères sectoriels, continuent d'exercer une influence sur la gestion des entreprises publiques.

De nombreuses entreprises publiques ne disposent pas de conseils d'administration compétents et indépendants, et la sélection des cadres supérieurs ne suit souvent pas de critères transparents et fondés sur le mérite.Le reporting financier reste insuffisant : en 2024, seules 10 des 20 entreprises publiques majeures ont publié leurs états financiers, et au cours des 5 dernières années, seules 5 l'ont fait de manière régulière. Beaucoup fonctionnent sans systèmes d'information modernes ni contrôles externes rigoureux.

La publication de ce rapport intervient près d’une année après la tenue des travaux des états généraux des entreprises du portefeuille de l’État. Ce forum visait à faire des entreprises publiques un puissant levier de croissance et de développement de la RDC. Les participants, venus de divers horizons, avaient posé en décembre 2024 un diagnostic du secteur en examinant les maux dont souffre la majorité des entreprises du portefeuille de l’État.

Ces états généraux avaient pour thème : « Faire des entreprises du portefeuille de l’État un puissant levier de croissance économique et de développement social en RDC ». Selon les organisateurs, ils marquent une étape importante dans la réforme de ces entreprises. Après cinq jours d’intenses travaux, les recommandations formulées par les participants visent à transformer ces entreprises en acteurs clés du développement économique et social du pays, tout en renforçant leur transparence, leur efficacité et leur impact sur les communautés locales.

La relance des entreprises du portefeuille d’économie mixte peut contribuer de manière significative à la croissance économique et à l’amélioration des recettes publiques. Conscient de cet enjeu, le Chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi, est revenu, lors de la 51ᵉ réunion du Conseil des ministres, sur une question stratégique : la participation de l’État congolais dans l’actionnariat des entreprises d’économie mixte.

S’inscrivant dans la continuité des résolutions fortes issues des états généraux du portefeuille récemment tenus à Kinshasa, le Chef de l’État, Félix Tshisekedi, a souligné la nécessité de réévaluer, avec rigueur et lucidité, la portée réelle de cette participation. Il a relevé qu’au sein d’un grand nombre de sociétés d’économie mixte, la présence de l’État congolais est devenue purement nominale, voire illusoire. Cette situation préoccupante traduit une marginalisation progressive des intérêts publics, y compris ceux des mandataires de l’État, dans la gestion des entreprises à participation publique.