RDC : menacés à l’est, des journalistes contraints à l’exil ou à abandonner le métier

Menaces, violences et précarité poussent de nombreux journalistes congolais à fuir l’est de la République démocratique du Congo, certains jusqu’à l’exil dans les pays voisins, voire à abandonner leur profession, selon un rapport de Reporters sans frontières (RSF) consulté sous embargo.

Dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, la reprise des combats et la présence de groupes armés ont entraîné des déplacements massifs de journalistes. Selon l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC), citée dans le rapport, des dizaines de professionnels ont quitté les zones de conflit, certains restant à l’intérieur du pays, d’autres trouvant refuge au Burundi, en Ouganda ou au Rwanda.

Le rapport décrit des parcours d’exil marqués par l’insécurité. Des journalistes traversent des zones contrôlées par différents groupes armés ou forces régulières, parfois après avoir été menacés en raison de leurs reportages. Certains relatent des arrestations, des interrogatoires ou des détentions lors de ces déplacements.

À leur arrivée dans les pays voisins, les conditions restent précaires. Des journalistes congolais exilés au Burundi ou en Ouganda ont été détenus ou placés en centre de transit avant d’être relâchés, selon RSF. D’autres vivent sans accès stable à des ressources ou à un statut légal.

Kinshasa apparaît pour certains comme une alternative, mais l’installation y reste difficile. Le rapport souligne le manque d’opportunités professionnelles, le coût de la vie et la précarité des revenus. Des journalistes déplacés expliquent ne plus pouvoir exercer normalement leur métier, faute de moyens ou de réseau.

Les témoignages recueillis par RSF évoquent également des pressions persistantes. Certains journalistes affirment avoir été accusés de collusion avec des groupes armés ou avoir subi des menaces après la diffusion de leurs reportages. D’autres disent avoir été contraints de relayer des messages imposés par des acteurs du conflit.

Dans ce contexte, plusieurs journalistes indiquent avoir abandonné la profession. « J’ai fini par quitter Rutshuru (…) j’ai fait quelques reportages mais j’ai fini par abandonner le métier », témoigne l’un d’eux dans le rapport.

RSF met également en garde contre les menaces transnationales. Des journalistes exilés continuent d’être exposés à des risques, y compris à l’étranger, notamment à travers des arrestations ou des surveillances. Le cas de la journaliste burundaise Floriane Irangabiye, condamnée puis graciée après avoir été arrêtée lors d’un séjour dans son pays, est cité à titre d’exemple.

Face à ces dynamiques, RSF souligne que l’exil des journalistes fragilise davantage l’accès à une information indépendante dans les zones de conflit et appelle à renforcer leur protection, y compris au-delà des frontières.