Sanctions américaines contre les RDF : l’IRDH salue une décision majeure et appelle à la justice pénale internationale

Au lendemain des sanctions infligées à certains officiers de l’armée rwandaise, l’Institut de recherche en droits humains (IRDH), une structure de la société civile basée à Lubumbashi,Sud-Est de la République démocratique du Congo, a salué la décision du Département du Trésor des États-Unis d’imposer, le 2 mars 2026, des sanctions ciblées contre les Rwandan Defense Forces (RDF) et quatre de leurs hauts responsables. Pour l’IRDH, cette mesure marque un tournant important dans la reconnaissance internationale des responsabilités liées à l’insécurité persistante dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

« Ces sanctions constituent un signal politique fort. Elles confirment ce que les organisations de défense des droits humains documentent depuis plusieurs années : l’implication directe et structurée des RDF dans les violences armées en RDC », déclare Hubert Tshiswaka Masoka, coordonnateur de cette structure de la société civile.

Un contexte sécuritaire et humanitaire préoccupant

Selon l’IRDH, les sanctions américaines interviennent dans un contexte où le soutien opérationnel du Rwanda au Mouvement du 23 mars (M23) et à l’Alliance Fleuve Congo (AFC) est désormais largement documenté. Ces appuis constitueraient, d’après l’Institut, une violation du droit international humanitaire, des droits humains ainsi que des Accords de Washington, signés le 27 juin 2025 sous l’égide de la présidence américaine. Malgré ces engagements, la situation sécuritaire se serait détériorée, notamment avec la prise de la ville stratégique d’Uvira le 10 décembre 2025, entraînant une aggravation de la crise humanitaire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, avant le retrait ultérieur de la rébellion de cette ville.

« On ne peut pas parler de paix durable tant que des forces étrangères continuent d’opérer sur le sol congolais en toute impunité, au mépris des accords signés et de la souffrance des populations civiles », estime Hubert Tshiswaka Masoka.

Le pillage des minerais au cœur du conflit

L’IRDH souligne que le conflit dans l’est de la RDC serait en grande partie alimenté par l’exploitation illégale des ressources naturelles. D'après l'IRDH, des experts des Nations-Unies estiment qu’environ 90 % du coltan exporté par le Rwanda serait d’origine congolaise, notamment à partir de zones sous contrôle de l’AFC-M23, telles que Rubaya. Selon les données relayées par l’IRDH, entre 2022 et 2023, les exportations rwandaises de coltan auraient doublé, tandis que les revenus miniers du Rwanda seraient passés de 1,1 milliard de dollars américains en 2023 à 1,7 milliard en 2024. Début 2026, les expéditions combinées d’étain, de tantale et de tungstène auraient encore progressé de 46,2 % sur un an.

« Ces chiffres montrent que la guerre dans l’est de la RDC génère des bénéfices économiques pour certains acteurs. Tant que les circuits de financement ne seront pas interrompus, les violences risquent de se poursuivre », analyse le directeur de l’IRDH.

À ce titre, l’Institut appelle au respect strict du devoir de diligence raisonnable tel que recommandé par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et interpelle les multinationales impliquées dans la chaîne d’approvisionnement des minerais stratégiques, notamment Apple, Tesla et Samsung, afin qu’elles renforcent les audits de leurs fournisseurs rwandais.

Appel à une justice pénale internationale

Face à la persistance de graves violations, l’IRDH dit soutenir une application rigoureuse des sanctions américaines et plaide pour une réponse judiciaire internationale.

« Les sanctions économiques sont nécessaires, mais elles ne suffisent pas. Les officiers rwandais et les dirigeants de l’AFC-M23 impliqués dans la chaîne de commandement doivent répondre personnellement de leurs actes devant la justice pénale internationale », affirme Hubert Tshiswaka Masoka.

Afin de répondre aux besoins urgents des populations de l’est de la RDC, l’Institut formule plusieurs recommandations, parmi lesquelles : l’accès immédiat à l’eau, à la nourriture et à la sécurité pour les millions de personnes déplacées internes ; le retrait total des troupes, armements et équipements des RDF du territoire congolais, l’ouverture d’enquêtes pénales internationales pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité ; le renforcement des contrôles sur les circuits de raffinage et de transit des minerais critiques afin de tarir les sources de financement des groupes armés.

Contexte

Les États-Unis, par l’intermédiaire de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) du Département du Trésor, ont annoncé le lundi 2 mars 2026 des sanctions à l’encontre des Forces de défense rwandaises (FDR) et de quatre de leurs officiers supérieurs, en raison de leur soutien opérationnel direct au M23 et à ses affiliés dans l’est de la République démocratique du Congo. Selon les autorités américaines, le M23 — entité déjà sanctionnée par les États-Unis et par l’Organisation des Nations unies — est responsable de graves violations des droits humains, notamment des exécutions sommaires et des violences contre des civils, y compris des femmes et des enfants. Le soutien continu des FDR et de certains de leurs hauts responsables aurait permis au groupe armé de s’emparer de territoires relevant de la souveraineté de la RDC et de poursuivre ces exactions.