Marchés boursiers : la RDC pose les fondations d’une nouvelle architecture financière

Avec la promulgation de la loi relative aux marchés boursiers, la République Démocratique du Congo franchit une nouvelle étape dans la mise en place de son marché boursier, se dotant du cadre juridique nécessaire à l’opérationnalisation de la Kinshasa Stock Exchange, avec l’ambition de mobiliser l’épargne nationale, diversifier les sources de financement des entreprises et favoriser progressivement l’accès des Congolais à la propriété du capital.
La loi n°26/034 du 20 août 2026 relative aux marchés boursiers a été promulguée par le chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, puis publiée au Journal officiel. Cette réforme, portée par le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, établit le cadre juridique destiné à organiser, faire fonctionner, superviser et réguler le marché boursier en RDC.

L’objectif est notamment de permettre à l’épargne disponible dans le pays de contribuer davantage au financement de l’économie. Le marché boursier offrira ainsi aux entreprises une source de financement complémentaire au crédit bancaire.

Pour les particuliers, cette nouvelle architecture financière doit également ouvrir la possibilité d’investir directement dans des entreprises à travers l’acquisition de titres. À terme, un Congolais pourrait ainsi détenir des actions dans une entreprise minière, une société de télécommunications, une banque, une entreprise agro-industrielle ou encore une société active dans les infrastructures.

Le citoyen ne serait donc plus uniquement épargnant ou consommateur, mais pourrait également devenir copropriétaire d’une partie du capital d’entreprises opérant en RDC.

Du côté des entreprises, l’accès au marché des capitaux pourrait permettre de financer l’expansion des activités, l’acquisition d’équipements, la construction d’unités de production ou encore la conquête de nouveaux marchés. Une entreprise suffisamment solide et structurée pourrait ainsi lever des capitaux directement auprès des investisseurs, en complément de ses ressources propres, du crédit bancaire ou des financements extérieurs.

La mise en place de la Bourse nécessitera toutefois la construction de tout un écosystème financier. Une Autorité de régulation des marchés financiers devra notamment veiller au respect des règles, tandis qu’un dépositaire central, des banques de règlement, des intermédiaires agréés et des infrastructures technologiques devront être mis en place.

Les entreprises souhaitant accéder à la cotation devront, pour leur part, répondre à des exigences en matière de publication des comptes, d’audit, de gouvernance et d’information financière. Ces mécanismes doivent contribuer à renforcer la transparence et la confiance des investisseurs.

En juin 2026, le gouvernement congolais avait conclu un accord de coopération avec la Société financière internationale (IFC), membre du Groupe de la Banque mondiale. Cet accompagnement concerne notamment le cadre réglementaire et institutionnel, les infrastructures du marché, la formation des acteurs ainsi que la préparation des premières opérations.

La réforme prévoit également, en plus de la bourse des valeurs mobilières, la création d’un marché des marchandises. Cette composante pourrait concerner progressivement des produits issus notamment des secteurs minier et agricole, dont le cuivre, le cobalt, le café ou encore le cacao.

L’ambition est notamment de contribuer à une meilleure transparence des prix, à la traçabilité des produits et à la formalisation des échanges, tout en rapprochant davantage le secteur financier de l’économie productive.

Mais la réussite de cette réforme dépendra largement de la confiance des acteurs. La crédibilité de l’autorité de régulation, la qualité des entreprises cotées, la fiabilité de l’information financière et la protection des investisseurs constitueront des éléments déterminants.

Le développement d’une véritable culture boursière représentera également un enjeu majeur. Sans entreprises capables d’attirer les investisseurs, sans épargne mobilisable et sans confiance dans les mécanismes du marché, la Bourse risque de ne pas atteindre les objectifs qui lui sont assignés.

Les premières opérations de cotation et de transaction sont envisagées entre juin et décembre 2027. La RDC se trouve donc encore dans une phase de construction de son marché boursier.

À travers cette réforme, le pays cherche à faire évoluer son modèle de financement, en donnant davantage de place au capital national et à l’investissement. La future Bourse de Kinshasa devra ainsi permettre de transformer progressivement une partie de l’épargne des Congolais en investissements dans les entreprises et les secteurs productifs du pays.