“Une déliquescence généralisée de l'État”: le sombre diagnostic du professeur Bob Kabamba Kazadi sur la RDC

Invité vendredi du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, le professeur de science politique Bob Kabamba Kazadi a dressé un état des lieux particulièrement sévère de la République démocratique du Congo, pointant un recul généralisé du pays sur tous les plans, économique, sécuritaire, sanitaire et social.

Professeur de science politique à l'Université de Liège, en Belgique, où il enseigne depuis 2001, Bob Kabamba Kazadi est titulaire d'un doctorat en science politique et spécialiste reconnu des systèmes politiques africains, des processus de démocratisation, de la prévention et de la résolution des conflits, ainsi que des systèmes électoraux dans les États fragiles et post-conflit.

Interrogé sur l'état général de la RDC en cette année 2026, l'universitaire s'est appuyé sur les données publiées par des institutions telles que le FMI, la Banque mondiale ou la Banque africaine de développement (BAD) pour dresser un constat sans complaisance. Selon lui, le pays a nettement reculé sur l'indice de développement humain comme sur l'indice de pauvreté, se retrouvant désormais parmi les nations les plus pauvres au monde. La RDC figure également, précise-t-il, parmi les pays mal classés en matière de respect des droits de l'homme et de restriction de l'espace politique.

Sur le plan sécuritaire, le professeur Kabamba Kazadi estime qu'on ne peut plus véritablement parler d'un État congolais unifié, une partie significative du territoire échappant au contrôle de l'État central au profit de plusieurs groupes armés, au premier rang desquels l'AFC/M23. Sur le plan social, il relève des salaires impayés, des budgets peu clarifiés et une exécution budgétaire ne répondant pas, selon lui, aux normes en vigueur.

L'analyste s'est montré particulièrement critique sur la gestion sanitaire du pays, citant la riposte gouvernementale face à l'épidémie d'Ebola, qui continue de se propager dans plusieurs provinces de l'Est. Cette gestion constitue, selon lui, le miroir fidèle d'un État en pleine déliquescence, dont il dit avoir du mal à percevoir comment il pourrait se reconstruire à court terme.

Enfin, sur le plan de la cohésion nationale, le professeur a alerté sur la montée d'un discours opposant “natifs”et “non-natifs” dans plusieurs provinces, lié selon lui à la géopolitique interne congolaise. Il qualifie ce phénomène de véritable bombe à retardement, susceptible de constituer l'un des principaux facteurs de déstabilisation du pays dans les mois à venir. Un tableau d'ensemble que le professeur juge peu propice à un redressement rapide, l'amenant à s'interroger ouvertement sur l'existence d'une réelle issue à cette dynamique de déliquescence.